8 novembre - Paysans du Larzac (1971-1981) : le retour ?

Éditos de l'année 2016 de Daniel Boeri

Modérateur: Daniel

8 novembre - Paysans du Larzac (1971-1981) : le retour ?

Messagepar Daniel » 08 Novembre 2016, 00:11

Paysans du Larzac (1971-1981) : le retour ?
ou « notre grand voisin est vraiment mal barré » - (suite II)

Deux événements concernent actuellement notre grand et aimé voisin.
D’un côté, bien sûr, la campagne électorale présidentielle. De l’autre, les négociations difficiles sur les projets de liberté de commerce entre l’Europe et les États-Unis d’une part (TAFTA), et d’autre part, avec le Canada (CETA).
Curieusement, un mélange « objectif », hétéroclite, extrême gauche et extrême droite, renvoie soudain ce pays un demi-siècle en arrière. C’est le retour du « paysan du Larzac ».

L’affaire du Larzac…
Dans les années 70, 103 paysans locaux empêchèrent l’armée française d’étendre sa zone militaire à travers les Causses, territoire ayant perdu deux tiers de ses habitants entre 1866 et 1968 ; « garderèm lo Larzac ». Ils obtinrent gain de cause en 1981, avec l’élection de François Mitterrand. L’autarcie pouvait se mettre en place et en 2007, le Larzac recensait 137 habitants qui attendent les touristes.
Revenons à aujourd’hui. L’Europe conduit les négociations des deux traités de libre échange, il est vrai de façon très obscure, depuis sept ans. C’est l’occasion pour nos extrémistes des deux bords de se recroqueviller sur un antiaméricanisme primaire (rendez-vous compte, il existerait une cour d’arbitrage, forcement favorable aux multinationales) et d’un repli sur soi (« mon verre est petit mais je bois dans mon verre »), servant d’arguments aux blocages divers.

…le monde bouge
Or pendant ce temps le monde bouge, laissant l’Europe au bord de la route, à la recherche d’une croissance qui n’arrive plus.
Il est vrai, l’Asie est tellement loin ! On a toujours appris à regarder la carte du monde de manière « Euro centrée ». Il est à craindre qu’on y découvre un jour qu’au centre, comme pour le corps humain, il ne s’y trouve le sternum ; celui-ci ne sert qu’à éternuer !
Pourtant, faire l’effort de regarder la même carte du monde, mais « vue de Chine », remet en cause les certitudes idéologiques.
Ainsi, douze pays du Pacifique (notamment, Etats-Unis, Canada, Chili, Australie, Mexique, Japon, Malaisie …), représentant 40 % du PIB mondial et composé de 792 millions d’habitants se préparent, eux-aussi, à un accord de libre-échange, le TPP (Trans Pacific Partners). Cet accord abaisserait de 90% les droits de douanes !
Certes, parfois avec raison, l’Europe traine à signer ces accords. Mais voilà, le monde se développe sans elle.
Evidemment, les traités de libre-échange ne sont jamais neutres. Ils demandent des adaptations intérieures, sauf à risquer des dégradations macroéconomiques (déficits publics, emplois…) importantes, quand bien même une série de normes viendrait réguler les échanges commerciaux.


« On a déjà donné »
La question est ainsi posée à la France. Un accord de libre-échange, indispensable à la croissance européenne, implique de changer les pratiques ou même le modèle.
Or, plutôt que d’affronter le monde tel qu’il est, la coalition hétéroclite des opposants à l’accord replonge le France dans les épisodes du Larzac mais, surtout, annonce à de cruelles désillusions.
Paradoxalement, les paléo-socialistes ont jeté à la rivière à la fois leur credo léniniste « les faits sont têtus », avec pour slogan implicite « fais ce que je veux, pas ce que je peux » et l’internationalisme marxiste, au point même, pour quelques « nouveaux insoumis », de rajouter « la Marseillaise » à la traditionnelle « Internationale ». Ils rejoignent ainsi l’extrême droite, pour qui la sortie de l’Euro permettrait de profiter ipso facto, des dévaluations subséquentes pour transmettre le fardeau aux générations futures en criant, comme la comtesse du Barry devant l’échafaud : « encore un instant Monsieur le bourreau ».
Petit rappel : entre 1914 et 1987, la France a mené 17 dévaluations ! Ces dévaluations ont permis de « payer », par la dégradation de la monnaie, la fameuse « monnaie de singe », l’accumulation de déficits inéluctables. Sauf que l’adhésion à la Monnaie Unique a interdit ces manipulations.
Nous avons pourtant un exemple récent. Les mêmes recettes proposées aujourd’hui (Relance de la demande, réduction du temps de travail et avancées sociales) ont conduit, pour les seules années 1981/1983, à trois dévaluations successives, et à faire passer le nombre de chômeurs de 1 750 000 à 2 500 000 !
Retenons, sans vous inonder de chiffres, qu’en 1975, il y avait 640.000 chômeurs ; on parlait de chômage « frictionnel », c’est-à-dire le temps nécessaire à la recherche d’un emploi. Aujourd’hui, il y a 6 millions de chômeurs et on parle de « halo » pour rajouter aux statistiques officielles tous les oubliés ou transférés du système. Cette continuité à travers le temps ne semble préoccuper que peu de monde !
De plus, contrairement à ce qui se dit sur les tréteaux, la croissance mondiale existe ; elle est estimée à 3,5% en 2016 et même à 4 % pour 2020 ; c’est plus du double de la croissance européenne actuelle (!). La France ankylosée peine à dépasser les 1,3% pour 2016 ! Faut-il rappeler en sus que les prélèvements obligatoires, à 44,5% (contre 37,4% en 1975), sont déjà parmi les plus élevés d’Europe.

Repli sur soi : le retour
Ainsi, sur trois plans, l’autarcie du Larzac pour ne rien changer gagne du terrain :
- Au niveau européen, il existe une recette miracle ; c’est « l’Allemagne paiera », d’autant qu’elle tire une partie de ses excédents du commerce avec ses voisins et, évidemment, non pas de sa politique de rigueur budgétaire.

- Sur le plan français, on renchérit sur « la relance par les dépenses publiques non financées » ; ici c’est « les riches paieront ».
C’est ainsi que l’on voit surgir, à l’occasion de la primaire socialiste, des propositions telles que les 32 heures de travail hebdomadaire, la retraite à 60 ans, le SMIC à 1 800 euros, le plafonnement à vingt fois le smic des salaires des dirigeants…entraînant une accumulation des déficits publics, qui conduisent les dettes publiques à flirter avec les 100% du PIB ! Rappel : 25,8% du PIB en 1975. La haine est telle chez certain qu’on en vient à imaginer un nouvel impôt assis sur « les loyers virtuels », pour taxer plus encore les propriétaires qui ne payent plus de loyers, forcément, quand bien même ils se soient endettés pour le devenir !

- Un troisième niveau apparaît ; « la préférence régionale » deviendrait la règle. Larzac, quand tu nous tiens ! Les régions donneraient donc la priorité aux entreprises locales !

Dans tout cela, c’est la haine implicite du secteur privé et de l’étranger qui domine ; pays, entreprises, entrepreneurs et propriétaires.

Mais au total « Qui paiera » ? Les générations futures !

Daniel BOERI
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